Les vestiges devant le palais de justice : un bref historique

POURQUOI DES FOUILLES ARCHÉOLOGIQUES ?

Les travaux de requalification des places Palais-Prêcheurs ont été l’occasion d’un programme très important de fouilles archéologiques.

Ces fouilles préventives sont obligatoires quand on lance un chantier sur un site connu pour avoir un riche passé historique, mais ici, elles revêtaient un intérêt tout particulier pour l’histoire d’Aix-en-Provence car la ville ne possédait que peu d’éléments sur le passé antique de ce site et surtout d’aucun plan du palais comtal, hormis les relevés dressés par l’architecte Nicolas Ledoux juste avant la destruction de l’édifice entre 1778 et 1786.

Engagées dès le début du chantier, au dernier trimestre 2016, elles ont commencé par la place des Prêcheurs et se sont poursuivies à partir de juin 2017 avec les fouilles devant le palais de justice. Alors qu’elles étaient prévues durer 6 mois, elles ont été prolongées jusqu’en mai 2018, en raison de l’importance des découvertes pour documenter l’histoire de la ville.

 

LES PRINCIPALES DECOUVERTES

La Période antique

Il ne subsiste que peu de traces de l’époque romaine. Au fur et à mesure dl’évolution de la ville, les édifices anciens ont été détruits et les matériaux récupérés pour les constructions nouvelles. C’est ainsi que les archéologues n’ont pu retrouver aucune trace du mausolée antique qui marquait l’entrée de la ville.

Le mausolée par A.E. Gibelin, 1787

Ci-dessous un extrait du document réalisé par Marie Bels – Architecte IUAV et Núria Nin – Conservateur du Patrimoine de la ville d’Aix-en-Provence en 1997

Le mausolée La Tour de l’Horloge était, quant à elle, un mausolée que ses dimensions, analogues à celles des tours, désignent comme le monument funéraire le plus important connu à Aix. Reposant sur un socle carré, l’édifice comportait deux étages. Sa position par rapport à la porte rappelle celle du mausolée des Julii à Glanum, également édifié à côté d’un arc, et répond à la même volonté manifeste d’ostentation qu’explique la qualité des destinataires : trois patrons de la colonie romaine dont les urnes funéraires en marbre avaient été enchâssées dans la maçonnerie du mausolée daté au plus tôt des dernières décennies du II e s. de notre ère. Ce monument marquait en tout cas, dès l’entrée de la ville, le début de la plus riche des nécropoles aixoises, dont les découvertes ont montré qu’elle s’étirait sur 1,5 km le long de la voie aurélienne.

(http://aix-patrimoine.org/pdfcatalogue/Autour%20du%20Palais.pdf)

Sur la rue Peiresc ont été exhumées plusieurs fonds de dolium (dolia au pluriel), sorte de grosses jarres ou citernes qui servaient à contenir du vin, de l’huile ou des céréales. Elles permettent de supposer qu’il y avait là un entrepôt, commercial probablement situé à l’entrée de la ville antique.

La voie Aurelia, qui reliait Aix à l’Italie, est encore repérable de nos jours puisque la rue Petite Saint Jean reprend en partie son tracé. Les fouilles ont permis de constater que cette route, ici située en dehors de l’espace urbain antique, mesurait une dizaine de mètres de large dont 7 m pour la chaussée, revêtue d’un tout venant compact et non de pierres. Elle était flanquée latéralement d’une allée faite de sols sableux et argileux. On sait qu’à l’entrée de la ville, la voie Aurélienne (qui passe sous le palais de justice actuel) était dallée. Ses matériaux ont dû être récupérés pour servir à d’autres constructions.

Les périodes tardo-antique et médiévale

Elles se révèlent, sur le site, par une nécropole datant de la haute antiquité, en particulier sur le tracé de la voie aurélienne qui avait alors perdu sa fonction de route de circulation, par des segments de fortifications médiévales ainsi que par une vaste aire d’ensilage. On a, en effet, retrouvé un nombre important de silos creusés à même le sol où étaient entreposées les réserves alimentaires (céréales ?) nécessaires à l’approvisionnement de la ville.

Le palais comtal

Les premiers textes qui en attestent la construction datent de 1227 année de l’achèvement des travaux entrepris par Raymond Béranger V pour en faire le siège de son gouvernement. Il englobait deux tours qui formaient l’entrée de la ville antique, ainsi que le mausolée romain évoqué plus haut. Au cours des ans, il fut plusieurs fois agrandi et remanié mais c’est le Roy René qui l’a le plus transformé et embelli.

La restitution que proposait R. Ambard en 1977 est inexacte sur plusieurs points mais elle offre l’avantage de donner une idée générale de la porte antique en montrant le mur en demi-lune percé de trois portes. D’après l’ouvrage de R. Ambard, « Aix Romaine ».

Source : (http://aix-patrimoine.org/pdfcatalogue/Autour%20du%20Palais.pdf)

 

La désaffectation de la partie orientale du rempart auquel était alors adossé le palais, permet la construction, à la fin du XVe s. par René d’Anjou (le Roy René), de l’aile orientale. Celle-ci devient le corps principal de l’édifice et où se développe désormais la façade principale en avant de laquelle il crée la vaste place des Prêcheurs, destinée à lui servir d’écrin.

Et pour plus de solennité, il crée une porte monumentale ouvrant vers cette place.

 

 

 

 

Ci-contre, l’emprise du palais comtal comparé au palais de justice actuel (photo Google Earth / illustration Aix en découvertes (Damien Pachot)

 

 

 

 

 

 

Représentation du Palais comtal tel qu’il existait au 18ème siècle (restitution réalisée par Honoré Gibert au 19ème siècle)

 

 

 

 

Le palais comtal a été entièrement détruit à partir de 1778, à la grande satisfaction d’une grande majorité de parlementaires qui ne supportaient plus cet édifice aux bâtiments disparates et compliqués, si peu fonctionnels.

Les fouilles ont permis de retrouver une bonne partie des murs de façade du palais, au niveau des sous-sols (caves) ainsi qu’une ancienne rue qui longeait le palais à l’est (rue du Palais, aujourd’hui disparue).

Le palais était entouré d’édifices où résidaient les parlementaires. Les fouilles ont exhumé une partie des murs de l’ilot d’habitation du conseiller Breguet dont certains vestiges resteront visibles sous les dalles vitrées prévues.

Dessin du Palais de justice tel qu’il avait été conçu par Nicolas Ledoux

Toutes ces constructions ont été abattues afin de faire place à un vaste projet conçu en 1786 par le célèbre architecte Nicolas Ledoux, pour un nouveau palais de justice grandiose et une prison.

Les fouilles ont permis de retrouver une bonne partie des murs de façade du palais, au niveau des sous-sols (caves) ainsi qu’une ancienne rue qui longeait le palais à l’est (rue du Palais, aujourd’hui disparue).

Le palais était entouré d’édifices où résidaient les parlementaires. Les fouilles ont exhumé une partie des murs de l’ilot d’habitation du conseiller Breguet dont certains vestiges resteront visibles sous les dalles vitrées prévues.

Toutes ces constructions ont été abattues pour faire place à un vaste projet conçu en 1786 par le célèbre architecte Nicolas Ledoux, pour un nouveau palais de justice grandiose et une prison.

A peine les fondations réalisées, ce projet fut interrompu par la Révolution. Il ne sera repris que 30 ans plus tard sur des plans plus modestes de l’architecte Michel Robert Penchaud.

Commencée en septembre 1822, la construction du palais de justice et des prisons d’Aix-en-Provence sera achevée en avril 1832.

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